moisson vient de paraître aux éditions Contrat maint, qu'animent Pascal Poyet et Françoise Goria.
En alternance avec des livres plus volumineux (publiés chez P.O.L), j'écris régulièrement pour la forme qu'ils ont inventée et que j'aime particulièrement : le "cordel".
Chaque livraison de Contrat maint comporte deux volumes : le mien est accompagné d'un nouveau titre d'Eric Houser (f l a s h o v e r).
moisson est le 77ème volume d'une collection que je vous invite en tout cas vivement à découvrir si vous ne la connaissez pas déjà.
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jeudi 15 mars 2012
mardi 13 mars 2012
Pour une évaluation raisonnée des psychanalystes
Être un jeune psychanalyste français aujourd’hui n’est pas une sinécure. La récente polémique sur l’apport « non consensuel » de la discipline dans la prise en charge des patients autistes, dans la foulée d’autres mises en cause au cours des dernières années, semble avoir fait des analystes une espèce (presque nuisible) en voie de disparition – peut-être même à brève échéance. La méfiance qui les entoure désormais est le prix que paie l’ensemble d’une profession pour l’arrogance d’une partie d’elle-même. À force de donner des leçons sur le monde, de rire des travaux d’autres disciplines, de refuser de rendre des comptes sur leur pratique, les « représentants » du monde psychanalytique français creusent non seulement leur propre tombe, mais entraînent avec eux ceux qui pourraient (devraient) encore faire avancer la psychanalyse. Car oui, il existe aussi des analystes qui, dans l’intimité de leur cabinet ou en institution, travaillent encore avec une capacité d’étonnement et une disponibilité réelles pour les patients, qui ont le goût de la recherche que la clinique impose, et qui cultivent l’honnêteté intellectuelle que requiert toute grande aventure de pensée.
(Note du 17/03/2012 : Ce texte est paru sur le site du Nouvel Observateur sous un titre et une introduction que je n'ai pas choisis).
Une bonne partie des psychanalystes qui exercent aujourd’hui ne se reconnaît probablement pas dans la posture de certains ténors, souvent marquée – contre ce que réclame l’expérience de la clinique – par un manque ahurissant d’humilité.
Je ne vois pas, par exemple, comment les psychanalystes pourraient faire fi des avancées des autres disciplines (il n’est pas question que des neurosciences, mais également de la littérature, par exemple) ou revendiquer le monopole de la vérité quant à telle ou telle pathologie. Comment aurions-nous fait si Freud n’avait pas été aussi un spécialiste des mythes et de Shakespeare, si Lacan n’était pas devenu aussi un fin connaisseur de la linguistique et du structuralisme, ou si Bion n'avait pas pris appui sur Poincaré ? Je ne vois surtout pas au nom de quoi les psychanalystes n’auraient pas à faire la preuve de leur efficacité. Pas juste auprès d’une communauté de patients plus audible qu’une autre, mais auprès de tous ceux qui, en quête d’une solution à leur souffrance, chercheraient des explications quant à ce qu’on peut attendre d’un analyste.
Les parents d’autistes, parce qu’ils ont le plus fort souffert d’une forme de brutalité psychanalytique (d’ailleurs déniée par le milieu sur le mode de « seuls les mauvais psychanalystes disent ces horreurs »), ont été les premiers à se manifester. Demain, qui empêchera les parents d’enfants phobiques ou anorexiques de les imiter ? Les associations d’hystériques, d’obsessionnels, de schizophrènes, etc. ? Pourquoi ces gens ne mettraient-ils pas en place ici, à l’image de ce qui se fait déjà ailleurs, des sites web comparatifs, par exemple – comme pour trouver les bons pédiatres, les bons garagistes, les bons kinés –, avec commentaires et notations, par « les usagers », des cliniciens de leur ville ? Et pourquoi pas si, à défaut d’autre chose, cela permettait à chacun de s’orienter dans le paysage ? Pour l’heure, la seule chose que les analystes organisent, c’est ce défaut lui-même.
Chacun est fondé à savoir comment nous pensons les demandes qui nous sont adressées, quelles finalités nous visons dans la cure (pourquoi faire l’économie de nouvelles explications sur la question de la « guérison » si tout le monde les réclame encore ?), comment nous fixons le cadre de notre travail (y compris le paiement de nos honoraires) et quels résultats nous obtenons. Il ne s’agit pas de se plier, tête basse, à des critères d’évaluation qui nous seraient plaqués uniformément au nom de la science ; mais il ne s’agit pas non plus de rejeter toute forme d’évaluation au prétexte qu’il existe déjà des contrôles internes dans les associations de psychanalyse ou dans le dispositif analytique lui-même. L’enjeu est bien plutôt de pouvoir dialoguer collectivement avec les pouvoirs publics et les patients sans s’en remettre à la voix de tel ou tel leader plus ou moins éclairé. Pourquoi refuser systématiquement de s’inclure dans des études contrôlées sur les psychothérapies, par exemple, si l’on est capable d’argumenter quant à ce qu’on fait en séance ? Pourquoi ne pas attirer l’attention sur des dimensions méconnues de ce qu’on appelle un « résultat », ou un « gain thérapeutique » ? Faute de tels efforts, nous nous exposons bel et bien à la disparition de la profession de psychanalyste en France.
Au lieu de s’indigner auprès des familles qui les montrent aujourd’hui du doigt, les « professionnels de la profession » devraient presque les remercier de tant de véhémence. Elle contraste avec ce qui nous attend de plus commun : la désaffection silencieuse de la psychanalyse. D’autres ont en effet déjà choisi de nous tourner le dos avec moins de fracas mais peut-être plus de conséquences. C’est notamment le cas d’une partie de la communauté homosexuelle. Face aux prises de position si péniblement normatives de certains d’entre nous, elle ne peut désormais plus faire confiance a priori à un analyste. Ne parlons pas des pseudo-cliniciens qui militent pour « le retour des pères sévères », contre « le fléau des jeux vidéo » ou autres balivernes du même type.
Un psychanalyste n’est ni une autorité morale ni un militant de quelque cause que ce soit. Il aide simplement ses patients à développer leurs capacités de penser ce qu’ils pensent et ce qui leur arrive, en s’appuyant entre autres sur l’analyse du transfert. Il ne peut travailler ni seul, ni contre, ni en surplomb – uniquement dans l’écho. Et on peut légitimement lui demander des comptes sur son travail. À ce titre, évidemment, on se demande depuis combien de temps les plus « assis » de nos analystes n’ont plus fréquenté un divan. Plus sérieusement, on s’attellerait volontiers à la définition de critères d’évaluation valables pour ce métier, c’est-à-dire à la fois parlants pour tout un chacun, et fidèles à l’expérience de la cure.
Photo : Edouard Levé. Lire la suite... Replier l'article
(Note du 17/03/2012 : Ce texte est paru sur le site du Nouvel Observateur sous un titre et une introduction que je n'ai pas choisis).
Une bonne partie des psychanalystes qui exercent aujourd’hui ne se reconnaît probablement pas dans la posture de certains ténors, souvent marquée – contre ce que réclame l’expérience de la clinique – par un manque ahurissant d’humilité.
Je ne vois pas, par exemple, comment les psychanalystes pourraient faire fi des avancées des autres disciplines (il n’est pas question que des neurosciences, mais également de la littérature, par exemple) ou revendiquer le monopole de la vérité quant à telle ou telle pathologie. Comment aurions-nous fait si Freud n’avait pas été aussi un spécialiste des mythes et de Shakespeare, si Lacan n’était pas devenu aussi un fin connaisseur de la linguistique et du structuralisme, ou si Bion n'avait pas pris appui sur Poincaré ? Je ne vois surtout pas au nom de quoi les psychanalystes n’auraient pas à faire la preuve de leur efficacité. Pas juste auprès d’une communauté de patients plus audible qu’une autre, mais auprès de tous ceux qui, en quête d’une solution à leur souffrance, chercheraient des explications quant à ce qu’on peut attendre d’un analyste.
Les parents d’autistes, parce qu’ils ont le plus fort souffert d’une forme de brutalité psychanalytique (d’ailleurs déniée par le milieu sur le mode de « seuls les mauvais psychanalystes disent ces horreurs »), ont été les premiers à se manifester. Demain, qui empêchera les parents d’enfants phobiques ou anorexiques de les imiter ? Les associations d’hystériques, d’obsessionnels, de schizophrènes, etc. ? Pourquoi ces gens ne mettraient-ils pas en place ici, à l’image de ce qui se fait déjà ailleurs, des sites web comparatifs, par exemple – comme pour trouver les bons pédiatres, les bons garagistes, les bons kinés –, avec commentaires et notations, par « les usagers », des cliniciens de leur ville ? Et pourquoi pas si, à défaut d’autre chose, cela permettait à chacun de s’orienter dans le paysage ? Pour l’heure, la seule chose que les analystes organisent, c’est ce défaut lui-même.
Chacun est fondé à savoir comment nous pensons les demandes qui nous sont adressées, quelles finalités nous visons dans la cure (pourquoi faire l’économie de nouvelles explications sur la question de la « guérison » si tout le monde les réclame encore ?), comment nous fixons le cadre de notre travail (y compris le paiement de nos honoraires) et quels résultats nous obtenons. Il ne s’agit pas de se plier, tête basse, à des critères d’évaluation qui nous seraient plaqués uniformément au nom de la science ; mais il ne s’agit pas non plus de rejeter toute forme d’évaluation au prétexte qu’il existe déjà des contrôles internes dans les associations de psychanalyse ou dans le dispositif analytique lui-même. L’enjeu est bien plutôt de pouvoir dialoguer collectivement avec les pouvoirs publics et les patients sans s’en remettre à la voix de tel ou tel leader plus ou moins éclairé. Pourquoi refuser systématiquement de s’inclure dans des études contrôlées sur les psychothérapies, par exemple, si l’on est capable d’argumenter quant à ce qu’on fait en séance ? Pourquoi ne pas attirer l’attention sur des dimensions méconnues de ce qu’on appelle un « résultat », ou un « gain thérapeutique » ? Faute de tels efforts, nous nous exposons bel et bien à la disparition de la profession de psychanalyste en France.
Au lieu de s’indigner auprès des familles qui les montrent aujourd’hui du doigt, les « professionnels de la profession » devraient presque les remercier de tant de véhémence. Elle contraste avec ce qui nous attend de plus commun : la désaffection silencieuse de la psychanalyse. D’autres ont en effet déjà choisi de nous tourner le dos avec moins de fracas mais peut-être plus de conséquences. C’est notamment le cas d’une partie de la communauté homosexuelle. Face aux prises de position si péniblement normatives de certains d’entre nous, elle ne peut désormais plus faire confiance a priori à un analyste. Ne parlons pas des pseudo-cliniciens qui militent pour « le retour des pères sévères », contre « le fléau des jeux vidéo » ou autres balivernes du même type.
Un psychanalyste n’est ni une autorité morale ni un militant de quelque cause que ce soit. Il aide simplement ses patients à développer leurs capacités de penser ce qu’ils pensent et ce qui leur arrive, en s’appuyant entre autres sur l’analyse du transfert. Il ne peut travailler ni seul, ni contre, ni en surplomb – uniquement dans l’écho. Et on peut légitimement lui demander des comptes sur son travail. À ce titre, évidemment, on se demande depuis combien de temps les plus « assis » de nos analystes n’ont plus fréquenté un divan. Plus sérieusement, on s’attellerait volontiers à la définition de critères d’évaluation valables pour ce métier, c’est-à-dire à la fois parlants pour tout un chacun, et fidèles à l’expérience de la cure.
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dimanche 1 janvier 2012
Bion, le pas de côté
(À propos des Séminaires cliniques de W.R. Bion, Editions d'Ithaque)
On prédit la fin de la poésie depuis si longtemps qu’on a désormais le recul nécessaire : on voit bien que cette façon qu’elle a de mourir et remourir toujours davantage fait partie de sa vie même. Même chose pour la fin de l’Histoire, la fin du Politique, etc. La psychanalyse est une discipline beaucoup plus jeune, et même si Wilfred R. Bion ne semblait pas inquiet à son sujet (1), rien ne dit que la même « longue vie » s’impose pour elle malgré tout.
Pour y croire, il reste heureusement de bons livres. Ceux de Lacan, dont on vient de célébrer le trentième anniversaire de la mort, sont disponibles pour ceux qu’aucun obscurantisme n’aurait encore dissuadé de s’y aventurer. Ceux de Freud servent de base, ceux de Ferenczi, etc. Les livres de Wilfred R. Bion sont en revanche beaucoup moins connus en France. Ils passent souvent pour difficiles (2), ce qui ne signifie évidemment pas grand chose – sinon, comment Lacan aurait-il fait école ici ? Ce ne sera probablement pas le cas de ses Séminaires cliniques, que le psychanalyste anglais a donnés en 1978 au Brésil, peu avant sa mort, et qui ont été publiés en France il y a trois ans à peine : ils ne constituent pas un livre au sens classique du terme dans la mesure où Bion ne l’a pas écrit. Ils sont la retranscription de séances de supervision (vingt-sept, ici) dont sa femme, Francesca Bion, dessine simplement le contour au début de l’ouvrage : des « séminaires, que Bion limitait à six analystes, ont été enregistrés ». Autrement dit : des psychanalystes discutent là sous nos yeux, en petit comité (3), de cures en cours.
En quoi cela intéresserait-il non pas simplement d’autres psychanalystes, mais un public beaucoup plus large ? En ceci que si n’importe quel analysant ou simple curieux suppose à l’analyste un savoir, il tient dans ce type d’ouvrage – plus encore que dans l’œuvre de Freud, par exemple, qui est toute écrite – la promesse d’en voir le fonctionnement décrypté. Car on recueille ici la parole des analystes eux-mêmes, leurs doutes sur leur pratique avec tel ou tel patient, la vie de leurs pensées sur leur propre pensée, et leurs questions à Bion : celui qu’ils supposent eux-mêmes habité par le Savoir – on a beau savoir, rien n’y fait… – et dont l’aura a traversé l’Atlantique pour inonder jusqu’au discours de leurs patients (4). Mieux qu’un trou de serrure sur « la scène », donc : une vue plongeante sur le secret du secret, dans la tête d’analystes confrontés aux difficultés de la clinique.
Ce qui sidèrera le lecteur, ici, c’est qu’on n’a jamais affaire à une « explication de texte ». On est aux antipodes de l’image de l’analyste en vieil expert du discours et de sa grammaire, voire des éclaircissements symboliques auxquels nous a habitués la psychanalyse freudienne. Cela ne signifie pas qu’il ne l’est pas (expert en langue et en symboles), mais signe qu’il est aussi et surtout autre chose. Le travail de Bion et celui de l’analyste en général, il le répète sans cesse, ne consiste pas à appliquer, à une parole donnée, une grille de lecture en fonction de telle ou telle théorie psychanalytique. (Les spécialistes s’étonneront peut-être d’une telle affirmation, car si Bion est précisément jugé aussi impénétrable que Lacan, en France, c’est la plupart du temps en raison de sa fameuse « grille ». Rappelons donc incidemment que cette grille (5) est un outil vivant, c’est-à-dire en mouvement, dont la vocation n’est pas d’ordonner « des généralités psychologiques », comme le fait remarquer Pierre-Henri Castel (6), mais qui sert à penser ce qui se pense dans une séance, entre un patient et un analyste).
C’est un grand bionien, Antonino Ferro, qui résume le mieux la chose : « Quand un thérapeute est en séance, il doit oublier complètement la théorie ; c’est exactement ce que veut dire Bion quand il parle d’un analyste « sans mémoire et sans désir » : (…) il ne faut pas chercher « et puis » découvrir l’Œdipe, il faut découvrir quelque chose de nouveau, là, avec le patient, et accepter d’avoir découvert « seulement » l’Œdipe, toujours avec l’espoir qu’un jour on découvrira quelque chose de nouveau » (7). On se moque donc un peu, par exemple, qu’un ascenseur en marche symbolise une érection. De même, la connaissance des théories psychanalytiques et de la nosographie constitue le minimum. Quand le patient est là, on s’intéresse surtout à l’ici-et-maintenant de la séance. Il ne s’agit plus tant de reconstruire ce qui a été refoulé (comme chez Freud) ; on ne cherche pas non plus à rendre conscients, pour libérer l’appareil psychique, le plus de contenus inconscients possibles (comme chez Mélanie Klein) ; on est surtout attentif aux affects qui se manifestent chez le patient et chez l’analyste quand ils se parlent (car oui, au pays de Bion, ils se parlent). Les analystes tenant le livre en main sentiront bien toute l’influence de Mélanie Klein sur Bion, ne serait-ce que dans l’insistance avec laquelle revient pour lui le repérage de processus primaires à l’œuvre dans la séance : suis-je perçu comme hostile ou comme protecteur ?, le patient ne craint-il pas de se vider complètement s’il me parle ?, etc., etc. A travers Klein, Ferenczi (qui fut son premier analyste) est naturellement présent lui aussi : quand Bion évoque le but d’une analyse, il dit ainsi que « quelque part au sein de la situation psychanalytique, ensevelie sous des tonnes de névroses, de psychoses, etc., il y a une personne qui se bat pour naître » (p.47). Et nous espérons que « le résultat [de l’analyse] sera un être humain capable d’utiliser sa propre vie ».
Il est même question, chez Bion, d’« émotions » et de « sentiments ». C’est un langage simple, et donc déroutant pour certains praticiens parce que les patients peuvent facilement se l’approprier. Mais il montre à quel point l’analyse ne se résume justement pas à un savoir, il permet de reconsidérer l’appréciation commune (et obscure, le plus souvent) du dispositif de la cure. Bion n’évoque même pas le transfert, et balaye d’un revers de main le maniement par l’analyste du contre-transfert, c’est-à-dire de ce qui mobilise l’analyste lui-même lorsqu’il écoute et observe son patient. Le contre-transfert est par définition inconscient, donc on ne voit pas bien comment l’analyste pourrait s’en servir directement, rappelle-t-il en substance. (Il lui faut aller lui-même en supervision et/ou en analyse). Pourquoi ces termes sont-ils absents de son vocabulaire ? Parce que ce qui compte pour lui, plus que les interventions régulières sur la parole du patient, plus que les interprétations de transfert elles-mêmes, c’est le petit pas de côté qu’on fait effectuer au patient pour qu’il puisse regarder sous un autre angle ce qu’il vient de dire. Pas besoin d’un abîme de perplexité entre lui et sa parole, au contraire. A quoi bon, du reste, s’il ne peut pas traverser ?
Cet intérêt permanent pour l’ici-et-maintenant de la séance et pour la relation entre ses protagonistes, on le retrouve naturellement dans ces séminaires avec des analystes brésiliens. Impossible de résumer ici les 27 séances que propose le livre et qu’on peut pratiquement parcourir dans n’importe quel ordre. J’évoquerai simplement pour exemple la onzième séance – de toute beauté.
Un analyste brésilien présente ce jour-là à Bion, devant quatre ou cinq collègues, le cas d’une fillette de huit ans. Il évoque ses dessins, la façon dont elle les accompagne de petits commentaires chantés, explique aussi comment il les lui a interprétés. Et Bion demande alors au petit aréopage en supervision s’il a des questions « avant que nous écoutions l’interprétation ». Un des participants relaie ce qui est alors probablement l’attente de tout le monde : « je crois que nous souhaitons vous entendre ! ». Et ça, c’est une intervention qui fait changer Bion de direction, complètement : qu’est-ce que c’est que cette demande de « la » bonne parole, ou de « la » vérité sur un cas, au fond ? La petite fille, il la met donc momentanément de côté pour interroger ses collègues sur l’intérêt de la réunion qu’ils sont en train de tenir, tous ensemble. Et il secoue sévèrement le cocotier… « Si j’analysais cette enfant [à votre place, serait-on tenté de lire], je n’aurais pas l’occasion d’en discuter avec qui que ce soit ». Or si « c’est extrêmement intéressant d’être analyste, encore faut-il apprendre à être un meilleur analyste ». On retrouve là l’inlassable volonté de Bion à « croître », bien sûr, à gagner en capacité et en qualité de pensée.
Alors, chers collègues, leur dit-il en substance, que faisons-nous ici ensemble ? La vie est courte, nous n’avons pas de temps à perdre, qu’avons-nous à nous dire ? « Que pouvons-nous tirer de cette réunion ? ». Un collègue s’en remet timidement à Mélanie Klein pour démêler le cas de la fillette, parle « objets primaires », « relation à la mère ». Bla-bla : « je ferais de même si j’étais fatigué », rétorque Bion ! « En envisageant le pire (8), je pourrais m’en remettre aux théories de Klein, de Freud, d’Abraham ou de n’importe qui d’autre ». C’est rude, non, comme intervention ? Très rude, même, mais c’est aussi très tenu ; jamais Bion ne lâche les analystes qui pensent là avec lui. Et à chaque fois qu’un collègue se raccroche, pour penser le cas, à un motif psychanalytique connu (la « scène primitive », en l’occurrence, la fillette se représentant dans ses dessins en train de regarder une scène – invisible – par la fenêtre), Bion le ramène aux circonstances de la séance. Mais pourquoi est-ce qu’elle dessine, cette petite fille ? Et pourquoi est-ce qu’elle chante en même temps ? Pourquoi doit-elle mobiliser autant de moyens pour tenter de dire à l’analyste ce qu’elle a à lui dire ? « J’ai parfois l’impression, annonce Bion, que le travail du patient est rendu encore plus pénible parce qu’il, ou elle, doit venir à bout des préconceptions de l’analyste ». Mais « ce problème se pose pour chacun de nous. (…) Nous avons tendance à oublier que la véritable énigme, le vrai mystère, c’est qu’il y a tout bonnement des gens qui viennent pour une analyse. » Et qui viennent pour quoi ? Pas nécessairement pour qu’on leur ôte leurs symptômes, même si c’est une demande qu’on entend souvent, lorsqu’un patient vient nous trouver. Car un symptôme a toujours une fonction. Le travail de l’analyste, pour Bion, c’est plutôt d’aider le patient à comprendre le rôle que joue ce symptôme dans sa vie, voire, éventuellement, à vivre avec en en supportant les inconvénients.
Toute cette onzième séance est en fait une véritable profession de foi. Un exposé de la méthode de travail qu’il cherche à transmettre pour penser les pensées. A ceci près qu’ici les patients, dans la séance, sont d’autres analystes. Aucun obstacle à ce que des analysants ou des candidats à l’analyse soient avisés de ce travail : ils continueront à « transférer » de la même manière qu’avant, ce n’est pas du tout le problème. Ce qui est en jeu, ici, plus qu’un matériel de formation permanente pour les analystes, c’est précisément une « fenêtre ouverte » à tous sur le dispositif analytique. Un pas de côté, encore. Loin des commémorations stériles, des guerres de chapelles, ou des bêlements inquiets à propos de l’avenir du monde. Cela ne dispense évidemment personne, au sein de « la communauté psy », de continuer à lire Freud, Ferenczi, Klein, Lacan ou qui il voudra. Il serait juste salutaire que Bion vienne s’ajouter à la liste des incontournables (9).
(1) Dans le livre dont il est ici question, et dont l’action se déroule en 1978, il se projette spontanément à « cent ans ».
(2) En l’occurrence, si le lecteur a besoin d’une mise en contexte sensible, intelligente et documentée du travail de Bion présenté dans ce livre, il pourra commencer par lire la préface de François Lévy, « Bion, superviseur » (p.V à XLVI).
(3) Le petit comité, que Bion retrouve ici à la fin de sa vie (il mourra quelques mois après ces séminaires, en 1979), est aussi le dispositif qu’il avait choisi pour travailler au tout début de sa carrière, à la Tavistock, à Londres. (Sur le sujet, voir Recherches sur les petits groupes, PUF, 2002).
(4) Lors de la quatrième séance du livre (p.21), un analyste explique à Bion la façon dont l’une de ses patientes lui présente un sentiment de peur jusque là diffus, et dont elle n’a pu prendre conscience que « lorsqu’elle a su qu’un analyste très célèbre était présent à Brasilia ».
(5) On en trouve une reproduction en ligne sur le site de Vincent Séguret, par exemple.
(6) Voir la deuxième séance du séminaire de Pierre-Henri Castel, BION | LACAN
(7) Voir Antonino Ferro, « Rêverie : problèmes de théorie et de pratique »
(8) C’est moi qui souligne. Toutes les citations mentionnées dans ce passage figurent pp.59 à 61 du livre.
(9) Pour le lecteur que ces retranscriptions d’échanges entre analystes comme type de « littérature psychanalytique » intéresse particulièrement, les éditions d’Ithaque ont également publié Bion à la Tavistock, Bion à New York et à Sao Paulo, et Quatre discussions avec Bion.
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On prédit la fin de la poésie depuis si longtemps qu’on a désormais le recul nécessaire : on voit bien que cette façon qu’elle a de mourir et remourir toujours davantage fait partie de sa vie même. Même chose pour la fin de l’Histoire, la fin du Politique, etc. La psychanalyse est une discipline beaucoup plus jeune, et même si Wilfred R. Bion ne semblait pas inquiet à son sujet (1), rien ne dit que la même « longue vie » s’impose pour elle malgré tout.
Pour y croire, il reste heureusement de bons livres. Ceux de Lacan, dont on vient de célébrer le trentième anniversaire de la mort, sont disponibles pour ceux qu’aucun obscurantisme n’aurait encore dissuadé de s’y aventurer. Ceux de Freud servent de base, ceux de Ferenczi, etc. Les livres de Wilfred R. Bion sont en revanche beaucoup moins connus en France. Ils passent souvent pour difficiles (2), ce qui ne signifie évidemment pas grand chose – sinon, comment Lacan aurait-il fait école ici ? Ce ne sera probablement pas le cas de ses Séminaires cliniques, que le psychanalyste anglais a donnés en 1978 au Brésil, peu avant sa mort, et qui ont été publiés en France il y a trois ans à peine : ils ne constituent pas un livre au sens classique du terme dans la mesure où Bion ne l’a pas écrit. Ils sont la retranscription de séances de supervision (vingt-sept, ici) dont sa femme, Francesca Bion, dessine simplement le contour au début de l’ouvrage : des « séminaires, que Bion limitait à six analystes, ont été enregistrés ». Autrement dit : des psychanalystes discutent là sous nos yeux, en petit comité (3), de cures en cours.
En quoi cela intéresserait-il non pas simplement d’autres psychanalystes, mais un public beaucoup plus large ? En ceci que si n’importe quel analysant ou simple curieux suppose à l’analyste un savoir, il tient dans ce type d’ouvrage – plus encore que dans l’œuvre de Freud, par exemple, qui est toute écrite – la promesse d’en voir le fonctionnement décrypté. Car on recueille ici la parole des analystes eux-mêmes, leurs doutes sur leur pratique avec tel ou tel patient, la vie de leurs pensées sur leur propre pensée, et leurs questions à Bion : celui qu’ils supposent eux-mêmes habité par le Savoir – on a beau savoir, rien n’y fait… – et dont l’aura a traversé l’Atlantique pour inonder jusqu’au discours de leurs patients (4). Mieux qu’un trou de serrure sur « la scène », donc : une vue plongeante sur le secret du secret, dans la tête d’analystes confrontés aux difficultés de la clinique.
Ce qui sidèrera le lecteur, ici, c’est qu’on n’a jamais affaire à une « explication de texte ». On est aux antipodes de l’image de l’analyste en vieil expert du discours et de sa grammaire, voire des éclaircissements symboliques auxquels nous a habitués la psychanalyse freudienne. Cela ne signifie pas qu’il ne l’est pas (expert en langue et en symboles), mais signe qu’il est aussi et surtout autre chose. Le travail de Bion et celui de l’analyste en général, il le répète sans cesse, ne consiste pas à appliquer, à une parole donnée, une grille de lecture en fonction de telle ou telle théorie psychanalytique. (Les spécialistes s’étonneront peut-être d’une telle affirmation, car si Bion est précisément jugé aussi impénétrable que Lacan, en France, c’est la plupart du temps en raison de sa fameuse « grille ». Rappelons donc incidemment que cette grille (5) est un outil vivant, c’est-à-dire en mouvement, dont la vocation n’est pas d’ordonner « des généralités psychologiques », comme le fait remarquer Pierre-Henri Castel (6), mais qui sert à penser ce qui se pense dans une séance, entre un patient et un analyste).
C’est un grand bionien, Antonino Ferro, qui résume le mieux la chose : « Quand un thérapeute est en séance, il doit oublier complètement la théorie ; c’est exactement ce que veut dire Bion quand il parle d’un analyste « sans mémoire et sans désir » : (…) il ne faut pas chercher « et puis » découvrir l’Œdipe, il faut découvrir quelque chose de nouveau, là, avec le patient, et accepter d’avoir découvert « seulement » l’Œdipe, toujours avec l’espoir qu’un jour on découvrira quelque chose de nouveau » (7). On se moque donc un peu, par exemple, qu’un ascenseur en marche symbolise une érection. De même, la connaissance des théories psychanalytiques et de la nosographie constitue le minimum. Quand le patient est là, on s’intéresse surtout à l’ici-et-maintenant de la séance. Il ne s’agit plus tant de reconstruire ce qui a été refoulé (comme chez Freud) ; on ne cherche pas non plus à rendre conscients, pour libérer l’appareil psychique, le plus de contenus inconscients possibles (comme chez Mélanie Klein) ; on est surtout attentif aux affects qui se manifestent chez le patient et chez l’analyste quand ils se parlent (car oui, au pays de Bion, ils se parlent). Les analystes tenant le livre en main sentiront bien toute l’influence de Mélanie Klein sur Bion, ne serait-ce que dans l’insistance avec laquelle revient pour lui le repérage de processus primaires à l’œuvre dans la séance : suis-je perçu comme hostile ou comme protecteur ?, le patient ne craint-il pas de se vider complètement s’il me parle ?, etc., etc. A travers Klein, Ferenczi (qui fut son premier analyste) est naturellement présent lui aussi : quand Bion évoque le but d’une analyse, il dit ainsi que « quelque part au sein de la situation psychanalytique, ensevelie sous des tonnes de névroses, de psychoses, etc., il y a une personne qui se bat pour naître » (p.47). Et nous espérons que « le résultat [de l’analyse] sera un être humain capable d’utiliser sa propre vie ».
Il est même question, chez Bion, d’« émotions » et de « sentiments ». C’est un langage simple, et donc déroutant pour certains praticiens parce que les patients peuvent facilement se l’approprier. Mais il montre à quel point l’analyse ne se résume justement pas à un savoir, il permet de reconsidérer l’appréciation commune (et obscure, le plus souvent) du dispositif de la cure. Bion n’évoque même pas le transfert, et balaye d’un revers de main le maniement par l’analyste du contre-transfert, c’est-à-dire de ce qui mobilise l’analyste lui-même lorsqu’il écoute et observe son patient. Le contre-transfert est par définition inconscient, donc on ne voit pas bien comment l’analyste pourrait s’en servir directement, rappelle-t-il en substance. (Il lui faut aller lui-même en supervision et/ou en analyse). Pourquoi ces termes sont-ils absents de son vocabulaire ? Parce que ce qui compte pour lui, plus que les interventions régulières sur la parole du patient, plus que les interprétations de transfert elles-mêmes, c’est le petit pas de côté qu’on fait effectuer au patient pour qu’il puisse regarder sous un autre angle ce qu’il vient de dire. Pas besoin d’un abîme de perplexité entre lui et sa parole, au contraire. A quoi bon, du reste, s’il ne peut pas traverser ?
Cet intérêt permanent pour l’ici-et-maintenant de la séance et pour la relation entre ses protagonistes, on le retrouve naturellement dans ces séminaires avec des analystes brésiliens. Impossible de résumer ici les 27 séances que propose le livre et qu’on peut pratiquement parcourir dans n’importe quel ordre. J’évoquerai simplement pour exemple la onzième séance – de toute beauté.
Un analyste brésilien présente ce jour-là à Bion, devant quatre ou cinq collègues, le cas d’une fillette de huit ans. Il évoque ses dessins, la façon dont elle les accompagne de petits commentaires chantés, explique aussi comment il les lui a interprétés. Et Bion demande alors au petit aréopage en supervision s’il a des questions « avant que nous écoutions l’interprétation ». Un des participants relaie ce qui est alors probablement l’attente de tout le monde : « je crois que nous souhaitons vous entendre ! ». Et ça, c’est une intervention qui fait changer Bion de direction, complètement : qu’est-ce que c’est que cette demande de « la » bonne parole, ou de « la » vérité sur un cas, au fond ? La petite fille, il la met donc momentanément de côté pour interroger ses collègues sur l’intérêt de la réunion qu’ils sont en train de tenir, tous ensemble. Et il secoue sévèrement le cocotier… « Si j’analysais cette enfant [à votre place, serait-on tenté de lire], je n’aurais pas l’occasion d’en discuter avec qui que ce soit ». Or si « c’est extrêmement intéressant d’être analyste, encore faut-il apprendre à être un meilleur analyste ». On retrouve là l’inlassable volonté de Bion à « croître », bien sûr, à gagner en capacité et en qualité de pensée.
Alors, chers collègues, leur dit-il en substance, que faisons-nous ici ensemble ? La vie est courte, nous n’avons pas de temps à perdre, qu’avons-nous à nous dire ? « Que pouvons-nous tirer de cette réunion ? ». Un collègue s’en remet timidement à Mélanie Klein pour démêler le cas de la fillette, parle « objets primaires », « relation à la mère ». Bla-bla : « je ferais de même si j’étais fatigué », rétorque Bion ! « En envisageant le pire (8), je pourrais m’en remettre aux théories de Klein, de Freud, d’Abraham ou de n’importe qui d’autre ». C’est rude, non, comme intervention ? Très rude, même, mais c’est aussi très tenu ; jamais Bion ne lâche les analystes qui pensent là avec lui. Et à chaque fois qu’un collègue se raccroche, pour penser le cas, à un motif psychanalytique connu (la « scène primitive », en l’occurrence, la fillette se représentant dans ses dessins en train de regarder une scène – invisible – par la fenêtre), Bion le ramène aux circonstances de la séance. Mais pourquoi est-ce qu’elle dessine, cette petite fille ? Et pourquoi est-ce qu’elle chante en même temps ? Pourquoi doit-elle mobiliser autant de moyens pour tenter de dire à l’analyste ce qu’elle a à lui dire ? « J’ai parfois l’impression, annonce Bion, que le travail du patient est rendu encore plus pénible parce qu’il, ou elle, doit venir à bout des préconceptions de l’analyste ». Mais « ce problème se pose pour chacun de nous. (…) Nous avons tendance à oublier que la véritable énigme, le vrai mystère, c’est qu’il y a tout bonnement des gens qui viennent pour une analyse. » Et qui viennent pour quoi ? Pas nécessairement pour qu’on leur ôte leurs symptômes, même si c’est une demande qu’on entend souvent, lorsqu’un patient vient nous trouver. Car un symptôme a toujours une fonction. Le travail de l’analyste, pour Bion, c’est plutôt d’aider le patient à comprendre le rôle que joue ce symptôme dans sa vie, voire, éventuellement, à vivre avec en en supportant les inconvénients.
Toute cette onzième séance est en fait une véritable profession de foi. Un exposé de la méthode de travail qu’il cherche à transmettre pour penser les pensées. A ceci près qu’ici les patients, dans la séance, sont d’autres analystes. Aucun obstacle à ce que des analysants ou des candidats à l’analyse soient avisés de ce travail : ils continueront à « transférer » de la même manière qu’avant, ce n’est pas du tout le problème. Ce qui est en jeu, ici, plus qu’un matériel de formation permanente pour les analystes, c’est précisément une « fenêtre ouverte » à tous sur le dispositif analytique. Un pas de côté, encore. Loin des commémorations stériles, des guerres de chapelles, ou des bêlements inquiets à propos de l’avenir du monde. Cela ne dispense évidemment personne, au sein de « la communauté psy », de continuer à lire Freud, Ferenczi, Klein, Lacan ou qui il voudra. Il serait juste salutaire que Bion vienne s’ajouter à la liste des incontournables (9).
(1) Dans le livre dont il est ici question, et dont l’action se déroule en 1978, il se projette spontanément à « cent ans ».
(2) En l’occurrence, si le lecteur a besoin d’une mise en contexte sensible, intelligente et documentée du travail de Bion présenté dans ce livre, il pourra commencer par lire la préface de François Lévy, « Bion, superviseur » (p.V à XLVI).
(3) Le petit comité, que Bion retrouve ici à la fin de sa vie (il mourra quelques mois après ces séminaires, en 1979), est aussi le dispositif qu’il avait choisi pour travailler au tout début de sa carrière, à la Tavistock, à Londres. (Sur le sujet, voir Recherches sur les petits groupes, PUF, 2002).
(4) Lors de la quatrième séance du livre (p.21), un analyste explique à Bion la façon dont l’une de ses patientes lui présente un sentiment de peur jusque là diffus, et dont elle n’a pu prendre conscience que « lorsqu’elle a su qu’un analyste très célèbre était présent à Brasilia ».
(5) On en trouve une reproduction en ligne sur le site de Vincent Séguret, par exemple.
(6) Voir la deuxième séance du séminaire de Pierre-Henri Castel, BION | LACAN
(7) Voir Antonino Ferro, « Rêverie : problèmes de théorie et de pratique »
(8) C’est moi qui souligne. Toutes les citations mentionnées dans ce passage figurent pp.59 à 61 du livre.
(9) Pour le lecteur que ces retranscriptions d’échanges entre analystes comme type de « littérature psychanalytique » intéresse particulièrement, les éditions d’Ithaque ont également publié Bion à la Tavistock, Bion à New York et à Sao Paulo, et Quatre discussions avec Bion.
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vendredi 21 octobre 2011
"La carte et le poème" (entretien avec Denis Wood)
Le quatrième numéro de la revue LIGNE 13 ("Imagier") vient tout juste de paraître. Vous en trouverez le détail complet sur le site de la revue. Comme toujours, ce numéro fonctionne en système - pour comprendre notre propos, mieux vaut donc avoir l'ensemble en mains.
Je publie néanmoins dans ce volume un entretien avec Denis Wood, un cartographe américain que peu de gens connaissent en France et dont le travail mérite amplement, à mon sens, qu'on s'y arrête (singulièrement). C'est la raison pour laquelle je donne à lire ici, gratuitement, l'entretien en question, détaché du reste de la revue :
Pour découvrir plus amplement l'ensemble du travail de Denis Wood, je vous renvoie avec bonheur à son propre site.
Pour vous procurer LIGNE 13, tous les renseignements nécessaires sont également en ligne. Lire la suite... Replier l'article
Je publie néanmoins dans ce volume un entretien avec Denis Wood, un cartographe américain que peu de gens connaissent en France et dont le travail mérite amplement, à mon sens, qu'on s'y arrête (singulièrement). C'est la raison pour laquelle je donne à lire ici, gratuitement, l'entretien en question, détaché du reste de la revue :
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Pour découvrir plus amplement l'ensemble du travail de Denis Wood, je vous renvoie avec bonheur à son propre site.
Pour vous procurer LIGNE 13, tous les renseignements nécessaires sont également en ligne. Lire la suite... Replier l'article
jeudi 8 septembre 2011
"Freud, metteur en scène de la maladie"
Quelques mots de rentrée pour annoncer une sortie : celle d’une nouvelle traduction du petit Hans, de Freud, réalisée par Cédric Cohen-Skalli et publiée chez Payot, en poche, dans la collection PBP.
J’ai rédigé la préface de ce livre, sous le titre « Freud, metteur en scène de la maladie », pour en proposer une approche peut-être un peu différente des lectures classiques : « une approche qui adopte en quelque sorte la même hauteur de vue que Max Graf et Olga Hoenig, les parents de l’enfant. On pourrait même revendiquer pour Le Petit Hans une certaine candeur d’approche : la même que celle avec laquelle nous tentons de nous représenter ce que pense tel ou tel de nos propres enfants quand nous le regardons. »
L’essentiel reste bien évidemment le texte de Freud, auquel cette nouvelle traduction redonne un peu de spontanéité dans la mesure où elle s’efforce de favoriser, dans les options qu’elle prend en particulier pour les paroles de Hans lui-même, les représentations qui sont celles d’un enfant de quatre ans davantage que celles d’un adulte.
Ceci n'ayant peut-être pas rien à voir avec cela, je serai l'invité de Sophie Nauleau, le dimanche 25 septembre sur France Culture, pour évoquer assez longuement Un temps pour s'étreindre, paru récemment aux éditions P.O.L. (Ajout du 26/09/2011 : l'émission est disponible en podcast sur le site de France Culture). Lire la suite... Replier l'article
J’ai rédigé la préface de ce livre, sous le titre « Freud, metteur en scène de la maladie », pour en proposer une approche peut-être un peu différente des lectures classiques : « une approche qui adopte en quelque sorte la même hauteur de vue que Max Graf et Olga Hoenig, les parents de l’enfant. On pourrait même revendiquer pour Le Petit Hans une certaine candeur d’approche : la même que celle avec laquelle nous tentons de nous représenter ce que pense tel ou tel de nos propres enfants quand nous le regardons. »
L’essentiel reste bien évidemment le texte de Freud, auquel cette nouvelle traduction redonne un peu de spontanéité dans la mesure où elle s’efforce de favoriser, dans les options qu’elle prend en particulier pour les paroles de Hans lui-même, les représentations qui sont celles d’un enfant de quatre ans davantage que celles d’un adulte.
Ceci n'ayant peut-être pas rien à voir avec cela, je serai l'invité de Sophie Nauleau, le dimanche 25 septembre sur France Culture, pour évoquer assez longuement Un temps pour s'étreindre, paru récemment aux éditions P.O.L. (Ajout du 26/09/2011 : l'émission est disponible en podcast sur le site de France Culture). Lire la suite... Replier l'article
mardi 3 mai 2011
Trois rendez-vous en mai
Quelques mots en raison de l’actualité plutôt réjouissante, à titre personnel, de ce printemps.
Pour signaler d’abord la parution du troisième numéro de la revue LIGNE 13 et la tenue, à cette occasion, d’une soirée à la galerie Catherine Putman le mercredi 11 mai, à 19 heures. Avec des lectures de Pauline Von Aesch – dont nous avons publié les premiers textes dans ce numéro – et de Xavier Person – qui est intervenu dans le deuxième volume. Tous les détails sont disponibles directement sur le site de LIGNE 13. Sur place, vous rencontrerez également Bernard Moninot, qui nous a offert la très belle couverture de ce numéro 3.
Quelques mots également pour annoncer la parution le 20 mai aux éditions P.O.L d’un livre que je prépare depuis quelque temps maintenant : Un temps pour s’étreindre. Je le présenterai le mercredi 25 mai à la librairie Michèle Ignazi, à 19 heures (17 rue de Jouy, 75004 Paris). Puis, avec Judith Elbaz, dont Le champ est paru il y a quelques semaines, toujours chez P.O.L, nous mêlerons nos deux livres pour une lecture unique le 9 juin, à 19 heures, au studio Le regard du Cygne (210 rue de Belleville).
Dans tous les cas de figure, vous êtes évidemment les bienvenus à ces événements.
Pour plus de détails quant à Un temps pour s'étreindre, je vous renvoie au petit entretien filmé par Jean-Paul Hirsch au siège des éditions P.O.L :
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Pour signaler d’abord la parution du troisième numéro de la revue LIGNE 13 et la tenue, à cette occasion, d’une soirée à la galerie Catherine Putman le mercredi 11 mai, à 19 heures. Avec des lectures de Pauline Von Aesch – dont nous avons publié les premiers textes dans ce numéro – et de Xavier Person – qui est intervenu dans le deuxième volume. Tous les détails sont disponibles directement sur le site de LIGNE 13. Sur place, vous rencontrerez également Bernard Moninot, qui nous a offert la très belle couverture de ce numéro 3.
Quelques mots également pour annoncer la parution le 20 mai aux éditions P.O.L d’un livre que je prépare depuis quelque temps maintenant : Un temps pour s’étreindre. Je le présenterai le mercredi 25 mai à la librairie Michèle Ignazi, à 19 heures (17 rue de Jouy, 75004 Paris). Puis, avec Judith Elbaz, dont Le champ est paru il y a quelques semaines, toujours chez P.O.L, nous mêlerons nos deux livres pour une lecture unique le 9 juin, à 19 heures, au studio Le regard du Cygne (210 rue de Belleville).
Dans tous les cas de figure, vous êtes évidemment les bienvenus à ces événements.
Pour plus de détails quant à Un temps pour s'étreindre, je vous renvoie au petit entretien filmé par Jean-Paul Hirsch au siège des éditions P.O.L :
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lundi 18 octobre 2010
LIGNE 13 n°2 (Enjamber) vient de paraître
Le deuxième numéro de la revue LIGNE 13, que je dirige avec Francis Cohen, vient de paraître. Il a pour sous-titre Enjamber et il y est donc logiquement question... d'enjambement.
Dans la foulée, si j'ose dire, du premier volume (Tirer-un-trait, avril 2010), nous avons en effet choisi d'explorer un autre de ces gestes qui structurent l'écriture poétique. Mais en prenant soin de l'éclairer à différentes distances et depuis différents angles de vue. 13 + 1, comme la première fois.
Pascal Poyet invente pour l'occasion le concept de "linéature", Stéphane Bouquet danse avec Malherbe, Bernard Dubourg évoque la traduction, Luc Bénazet enjambe son propre nom, Pierre-Henri Castel fait revivre Schreber, Judith Elbaz s'accroche, Jacques Roubaud détaille la notion de "débords", Roger Lewinter traverse deux siècles en deux pages, Xavier Person fraternise avec François Matton, Cécile Mainardi est amoureuse, Michelle Grangaud préfère le 17ème, Alain Cressan imagine qu'on ne le verra pas, et Emmanuel Hocquard parle de Gilles Deleuze avec Francis Cohen. En bonus, nous ressucitons Georges Lote.
Nous avons pris énormément de plaisir à réaliser ce deuxième numéro, que je vous invite évidemment à lire. Vous pouvez vous le procurer soit dans les bonnes librairies, soit ici même, sur le site de la revue.
Enfin, je vous signale que nous présenterons ce numéro le mercredi 27 octobre à la librairie Le Comptoir des Mots, à Paris (239 rue des Pyréenées, dans le 20ème, métro Gambetta). Avec des interventions de Luc Bénazet, Stéphane Bouquet et Pierre-Henri Castel. Lire la suite... Replier l'article
Dans la foulée, si j'ose dire, du premier volume (Tirer-un-trait, avril 2010), nous avons en effet choisi d'explorer un autre de ces gestes qui structurent l'écriture poétique. Mais en prenant soin de l'éclairer à différentes distances et depuis différents angles de vue. 13 + 1, comme la première fois.
Pascal Poyet invente pour l'occasion le concept de "linéature", Stéphane Bouquet danse avec Malherbe, Bernard Dubourg évoque la traduction, Luc Bénazet enjambe son propre nom, Pierre-Henri Castel fait revivre Schreber, Judith Elbaz s'accroche, Jacques Roubaud détaille la notion de "débords", Roger Lewinter traverse deux siècles en deux pages, Xavier Person fraternise avec François Matton, Cécile Mainardi est amoureuse, Michelle Grangaud préfère le 17ème, Alain Cressan imagine qu'on ne le verra pas, et Emmanuel Hocquard parle de Gilles Deleuze avec Francis Cohen. En bonus, nous ressucitons Georges Lote.
Nous avons pris énormément de plaisir à réaliser ce deuxième numéro, que je vous invite évidemment à lire. Vous pouvez vous le procurer soit dans les bonnes librairies, soit ici même, sur le site de la revue.
Enfin, je vous signale que nous présenterons ce numéro le mercredi 27 octobre à la librairie Le Comptoir des Mots, à Paris (239 rue des Pyréenées, dans le 20ème, métro Gambetta). Avec des interventions de Luc Bénazet, Stéphane Bouquet et Pierre-Henri Castel. Lire la suite... Replier l'article
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